Le vent, angle mort des projets urbains
Un projet peut être parfaitement conçu sur plan et livrer un parvis impraticable : le vent est le seul paramètre du confort extérieur qui ne se lit sur aucun plan masse.
Chaque bâtiment redessine l'écoulement de l'air bien au-delà de sa parcelle. Une tour capte des vents d'altitude rapides et les renvoie au sol ; deux immeubles rapprochés compriment le flux et l'accélèrent ; une place ouverte devient un couloir. À l'échelle du piéton, ces phénomènes se traduisent très concrètement : une porte d'entrée difficile à ouvrir, une terrasse désertée, une poussette déséquilibrée, un parvis que l'on traverse en courant. C'est ce trajet invisible de l'air que la simulation CFD rend visible, avant travaux.
Ce qu'un plan masse ne montre pas
- Les survitesses d'angle. Aux angles des bâtiments, la vitesse locale peut approcher le double du vent incident ; c'est précisément là que l'on place les entrées.
- Le rabattement des IGH. La façade d'un immeuble de grande hauteur dévie vers le sol le vent rapide d'altitude : le pied de tour reçoit le vent du sommet.
- L'effet Venturi. Un passage resserré entre deux volumes concentre le flux et transforme une liaison piétonne en soufflerie.
- Le sillage et les recirculations. Derrière un volume massif, l'air tourbillonne : un espace apparemment abrité peut recevoir des rafales de directions changeantes.
- Les usages exposés. Terrasses, rooftops, cours d'école et parvis se jugent en vent ressenti, pas en moyenne météo du quartier.
L'enjeu est aussi économique. Un rez-de-chaussée commercial dont le parvis est venteux se loue moins bien ; une terrasse inutilisable est une surface programmée qui ne produit rien ; un espace public déserté est un investissement d'aménagement perdu. L'étude de confort au vent sécurise la valeur d'usage de ces surfaces extérieures, au même titre qu'une étude de structure sécurise le bâti.
Le confort se joue à 1,5 m du sol
Les critères de confort s'évaluent à hauteur d'homme, en croisant la vitesse ressentie et sa fréquence d'occurrence sur l'année. Une zone peut être calme 90 % du temps et rester inutilisable : ce sont les statistiques du vent, pas ses moyennes, qui font le verdict.
Ce que le vent fait à une ville
Le vent urbain n'est pas un flux uniforme ralenti par les bâtiments : c'est un système d'accélérations et de recirculations gouverné par la géométrie. Quand il rencontre une façade, l'air se partage : une partie contourne les angles en accélérant, une partie plonge le long de la façade jusqu'au sol, une partie s'engouffre dans les rues transversales. Chaque configuration urbaine produit sa signature aéraulique propre.

Ces mécanismes se combinent : un rabattement de tour alimente un effet Venturi, qui débouche sur une place en sillage turbulent. Résultat, des places publiques transformées en couloirs venteux, des entrées de bâtiments soumises à des rafales soudaines, des terrasses inutilisables, et parfois des sollicitations dangereuses pour les surfaces vitrées ou les structures légères.
La survitesse
- Vitesse locale nettement supérieure au vent incident, aux angles, dans les passages et en pied d'IGH. C'est elle qui crée la gêne mécanique : marche pénible, objets emportés, portes difficiles.
La turbulence
- Rafales et tourbillons de sillage, instationnaires par nature. Une zone à vitesse moyenne modérée peut rester inconfortable si l'air y change de force et de direction en permanence.
Lorsque l'écoulement est resserré entre deux bâtiments, le débit d'air doit se conserver dans une section réduite : la vitesse augmente. En ville, cet effet transforme des passages, porches et liaisons piétonnes en zones de survitesse chronique, souvent aux endroits les plus fréquentés du projet.
Comment se juge le confort au vent ?
Le confort au vent ne se décrète pas, il se mesure contre des référentiels normalisés. Le plus utilisé est le critère de Lawson, complété par la norme néerlandaise NEN 8100 : tous deux associent une vitesse de vent et une fréquence d'occurrence admissible à chaque usage. Plus l'usage est statique, plus l'exigence est stricte : on tolère davantage de vent sur un trottoir de transit que sur la terrasse d'un café.
| Usage de la zone | Vitesse repère | Exigence | Exemple |
|---|---|---|---|
| Assis prolongé | ≈ 4 m/s | La plus stricte | Terrasse de restaurant, banc public |
| Assis court / station debout | ≈ 6 m/s | Stricte | Parvis, arrêt de bus, entrée |
| Promenade | ≈ 8 m/s | Modérée | Place, jardin, continuité piétonne |
| Marche rapide | ≈ 10 m/s | Tolérante | Trottoir de transit, liaison |
| Seuil de sécurité | ≈ 15 m/s | Dépassement exceptionnel | Toutes zones accessibles au public |
La cartographie finale croise ces seuils avec la statistique des vents locaux : chaque point du site reçoit la classe d'usage qu'il peut réellement accueillir. C'est un outil de programmation autant que de vérification : elle dit où placer la terrasse, l'aire de jeux ou l'entrée, et où il faudra protéger.
Un critère de confort ne fixe pas une vitesse à ne jamais dépasser : il fixe une vitesse qui ne doit être dépassée qu'un faible pourcentage du temps (typiquement 5 % pour le confort, bien moins pour la sécurité). C'est ce croisement vitesse et fréquence, calculé à partir des statistiques de vent du site, qui rend la carte de confort robuste et opposable.
Le choix du référentiel se fait au cadrage, avec le maître d'ouvrage et le bureau de contrôle le cas échéant : certains appels d'offres imposent Lawson, d'autres la NEN 8100, d'autres un critère de ville. Nos cartographies sont produites dans le référentiel exigé par votre dossier, et peuvent être déclinées dans plusieurs référentiels pour un même site.
La soufflerie numérique : ce que reconstitue le modèle
Notre soufflerie numérique reproduit le site tel qu'il sera : la géométrie du projet et celle de son environnement urbain sur plusieurs centaines de mètres, car ce sont les bâtiments voisins qui conditionnent le vent incident. Le modèle est ensuite exposé aux vents statistiques du site, direction par direction, et restitue le champ de vitesse en tout point à hauteur de piéton.
Les ingrédients du modèle
- La rose des vents long terme. Statistiques de la station météo de référence : directions dominantes, vitesses, fréquences saisonnières.
- La maquette 3D du quartier. Le projet et son contexte bâti élargi, la topographie, la végétation et sa porosité.
- Toutes les directions utiles. Chaque secteur de vent significatif est calculé, puis les résultats sont agrégés en cartes statistiques annuelles.
- La hauteur d'analyse. Les champs sont extraits à 1,5 m du sol, et à hauteur d'usage sur les balcons, terrasses et rooftops.
Sur les sites les plus sensibles, nous mobilisons la LES (Large Eddy Simulation) : au lieu de moyenner la turbulence, le calcul résout les rafales elles-mêmes. On voit alors le vent vivre dans la ville, bouffée par bouffée, et l'on capte des pointes instantanées qu'une approche moyennée sous-estime. C'est aujourd'hui ce qui se rapproche le plus d'une soufflerie physique, avec une information en tout point du site.
« À l'angle d'une tour, la vitesse du vent peut approcher le double du vent incident : c'est précisément là que se trouvent les entrées. »
La restitution ne se limite pas à une carte moyenne : nous produisons des cartes par direction de vent (pour comprendre quel secteur crée chaque zone de gêne), des cartes saisonnières (une terrasse d'été ne se juge pas sur les tempêtes de janvier) et des coupes verticales aux points singuliers, du sol au sommet des tours. C'est cette granularité qui permet ensuite de concevoir des protections ciblées plutôt que des remèdes génériques.
La démarche complète suit un déroulé constant : collecte des données climatiques, construction et calcul du modèle, analyse des champs de vitesse, puis traduction en recommandations d'aménagement, resimulées jusqu'à validation.
Rose des vents long terme de la station de référence, plans du projet, géométrie du quartier, topographie et végétation.
Maquette 3D du site et de son environnement, maillage, calcul CFD de chaque direction de vent significative.
Champs de vitesse à 1,5 m du sol, agrégation statistique et croisement avec les critères (Lawson, NEN 8100).
Préconisations d'aménagement chiffrées, resimulées jusqu'à conformité, note de synthèse pour le dossier.
Du diagnostic au projet corrigé
Une carte de confort n'a de valeur que si elle change le projet. Chaque point dur identifié (survitesse d'angle, Venturi, terrasse exposée) est repris avec la maîtrise d'œuvre et traduit en solutions testables : écrans et palissades brise-vent, auvents et casquettes, retraits de façade, végétation dimensionnée pour sa porosité, ou tout simplement relocalisation des usages sensibles. Chaque variante est resimulée : on ne recommande que ce qui fonctionne dans le calcul.
Les questions types que la simulation tranche
- Programmation. Cette terrasse de rooftop sera-t-elle réellement utilisable, et à quelles saisons ?
- Protection. Quelle hauteur d'écran, quelle porosité de haie, pour abriter ce parvis sans créer de sillage gênant ?
- Implantation. Décaler l'entrée de quelques mètres suffit-il à sortir de la zone de survitesse ?
- Arbitrage. Entre deux variantes de plan masse, laquelle offre le meilleur confort au vent à coût égal ?

Une palissade brise-vent bien dimensionnée canalise l'écoulement et crée une zone abritée à hauteur d'usage, sans générer de turbulences de sillage gênantes en aval. Le dimensionnement (hauteur, porosité, implantation) se règle dans la simulation, pas au jugé.
| Levier | Efficacité locale | Coût | Vigilance |
|---|---|---|---|
| Déplacer l'usage (terrasse, entrée) | Totale | Quasi nul en esquisse | Possible seulement en phase amont |
| Écran / palissade brise-vent | Forte | Modéré | Porosité à régler, sillage en aval |
| Végétation (haies, arbres) | Bonne, progressive | Modéré | Effet variable selon saison et croissance |
| Auvent / casquette de façade | Ciblée | Modéré | Traite le rabattement, pas le Venturi |
| Retrait / redécoupage des volumes | Structurelle | Élevé après permis | À arbitrer tôt, sur variantes simulées |
La même démarche vaut hors de la ville dense. En milieu rural ou périurbain, l'air circule plus librement : une brise d'été rafraîchit, mais des vents forts accentuent le refroidissement éolien et l'érosion. L'implantation stratégique de haies, d'arbres et de barrières naturelles réduit l'impact des rafales sans compromettre la ventilation naturelle, en tenant compte des variations saisonnières et de la topographie du terrain.
Dimensionner les activités selon les zones de vent
La carte de confort n'est pas qu'un outil de vérification : c'est un plan de programmation des usages. Chaque zone du site reçoit une classe d'usage (assis prolongé, station debout, marche), et cette classe dit très concrètement ce que l'espace peut vendre : une terrasse de restaurant ne se rentabilise que sur une zone « assis prolongé », un marché ou des kiosques exigent une zone « station debout », une simple liaison piétonne se contente d'une zone « marche ». Plutôt que d'implanter les activités au plan masse puis de constater les problèmes, on fait coïncider la programmation avec le climat réel du site.
Ce que la carte de confort permet d'arbitrer
- Commerces en pied d'immeuble. Positionner les vitrines, les entrées et les étalages hors des couloirs de survitesse : un seuil balayé par les rafales, c'est un flux client qui passe sans s'arrêter.
- Terrasses de cafés et restaurants. Délimiter les emprises réellement exploitables, saison par saison, et dimensionner les protections (écrans, pergolas) qui étendent la période d'exploitation.
- Places et marchés. Localiser les zones de séjour, l'événementiel et les installations légères (parasols, chapiteaux) là où le vent les tolère.
- Balcons, loggias et rooftops. Vérifier dès la conception que ces surfaces vendues comme des extérieurs sont réellement praticables, et choisir entre balcon ouvert, loggia protégée ou garde-corps pare-vent selon l'exposition de chaque façade et de chaque étage.
C'est un enjeu direct de valorisation immobilière : à surface égale, un balcon utilisable, une terrasse exploitée à l'année ou un pied d'immeuble accueillant se louent et se vendent mieux. Sur les IGH en particulier, où l'exposition croît avec la hauteur, l'étude détermine étage par étage le type d'espace extérieur qu'il est honnête de promettre.
Plus largement, cette lecture ouvre sur un urbanisme du vent : concevoir la ville comme un milieu climatique dont on organise les usages. Les parcours piétons empruntent les zones calmes, les activités statiques se concentrent dans les poches abritées, les couloirs ventilés sont préservés pour rafraîchir et assainir plutôt que lotis. Le vent cesse d'être une contrainte subie pour devenir une donnée de programmation, au même titre que l'ensoleillement ou le bruit.
Sécurité au vent et dossiers réglementaires
Au-delà du confort, les critères fixent un seuil de sécurité distinct : au-delà d'une quinzaine de mètres par seconde, une rafale peut déséquilibrer un piéton, à plus forte raison une personne âgée, un enfant ou un cycliste. L'étude identifie les zones où ce seuil risque d'être franchi, en particulier aux abords des IGH, des sorties de parking et des continuités cyclables, et dimensionne les protections nécessaires.
Cette analyse a aussi une valeur de dossier. De plus en plus de collectivités attendent une étude de confort au vent au stade du permis pour les projets de grande hauteur ou les grands aménagements. Nos cartographies, adossées aux référentiels normalisés, s'intègrent aux dossiers d'urbanisme et aux CCTP ; elles se prolongent naturellement vers le calcul des pressions du vent sur les façades selon l'Eurocode 1 lorsque la structure est en jeu.
Orienter les volumes, les entrées et les usages : chaque anomalie se corrige d'un trait de crayon.
Moment idéalDocumenter le dossier d'urbanisme avec des cartographies opposables, dans le référentiel exigé.
Dimensionner et valider les protections (écrans, pergolas, végétation) avant leur pose.
Objectiver un inconfort constaté et arbitrer les remèdes sur un modèle calibré du site réel.
Anticiper coûte moins cher que corriger
Un écueil de vent découvert à la livraison se traite par des dispositifs correctifs lourds, souvent mal intégrés. La même anomalie détectée à l'esquisse se résout par un retrait de façade ou un déplacement d'usage, à coût quasi nul. C'est tout l'intérêt d'étudier tôt.
Au-delà du vent : le confort thermique extérieur
Le vent n'est qu'une des composantes du confort ressenti dehors. La même simulation intègre, lorsque le projet l'exige, l'ensoleillement et les ombres portées, la température radiante des surfaces minérales et l'humidité, pour évaluer un confort thermique extérieur global : un parvis abrité du vent mais écrasé de soleil reste inconfortable en été, et inversement une brise bien orientée rafraîchit une place minérale.
Cette lecture croisée guide des arbitrages fins de conception : orienter les espaces de pause pour capter la brise d'été et se protéger des vents froids d'hiver, positionner la végétation là où elle rafraîchit et abrite à la fois, et vérifier que la dispersion des polluants aux abords (voiries, sorties de ventilation, quais de livraison) ne dégrade pas les zones de séjour. Elle prépare aussi les projets aux étés futurs, où le rafraîchissement passif des espaces publics devient un critère de conception à part entière.
En savoir plus : étude d'impact de la pollution de l'airLa méthode EOLIOS : des ingénieurs qui font aussi de l'urbanisme
La CFD n'est pas pour nous un exercice de visualisation : c'est un outil de conception urbaine, mis entre les mains d'ingénieurs qui travaillent au quotidien avec architectes, paysagistes et aménageurs.
Plutôt que de remettre un rapport, nous optimisons le projet avec les équipes de conception. Chaque point dur est repris en atelier, traduit en préconisations chiffrées, resimulé jusqu'à une solution intégrée à l'architecture. Nous intervenons de l'esquisse au permis, sur des tours de quartiers d'affaires, des établissements scolaires, des rooftops, des équipements sportifs et des espaces publics, en France comme à l'international. Les résultats prennent la forme d'images et d'animations 3D compréhensibles par tous les acteurs du projet, exploitables en réunion de conception comme en dossier réglementaire.
Cette expertise ne travaille pas seule : elle s'articule avec nos autres savoir-faire Air & Vent. Le même modèle de quartier alimente le calcul des pressions du vent sur les façades pour la structure et les vitrages, l'étude de la dispersion des polluants et des odeurs aux abords, et l'analyse des îlots de chaleur. Pour un maître d'ouvrage, c'est un modèle unique, plusieurs réponses, et un interlocuteur.
Le déroulé d'une étude
- Cadrage. Usages prévus, zones sensibles, exigences du dossier ; choix du référentiel de confort.
- Données & maquette. Statistiques de vent long terme, géométrie du projet et du quartier environnant.
- Calculs multi-directions. Simulation de chaque secteur de vent significatif, LES sur les sites sensibles.
- Atelier & variantes. Cartes de confort, préconisations, resimulation des solutions retenues.
Ce que nous livrons
- Cartographies de confort par usage (annuel et saisonnier) et cartes par direction de vent.
- Identification hiérarchisée des zones de gêne et de danger, avec leur mécanisme (Venturi, rabattement, angle).
- Préconisations d'aménagement chiffrées, validées par resimulation.
- Images, animations 3D et note de synthèse intégrable au dossier d'urbanisme.



